éléphants à Ruaha

Mahale...les montagnes de Mahale se trouvent sur la rive est du lac Tanganyika, où elles forment le parc national des Montagnes de Mahale.
C'est un lieu unique, une haute montagne couverte d'une forêt pluviale qui croule jusqu'au lac, mer bleue d'eau tiède et profonde, la deuxième masse d'eau douce du monde (après le lac Baïkal). Mahale est surtout connu pour héberger quelques 600 à 1000 chimpanzés. Moins médiatisé que Gombe, la réserve où travaille Jane Goodall un peu plus au nord sur la même rive du lac, Mahale héberge un centre de recherches fondé et tenu par des scientifiques japonais.

 Nous sommes partis très tôt du petit aéroport d'Arusha par l'avion de brousse, 1000 km environ et trois heures de vol. Nous sommes trois passagers à bord, nous nous arrêterons pour prendre deux personnes à Katai, et ensuite, direction le nord et le lac. Celui-ci nous apparaît bientôt à gauche, une mer bleue User image . Au loin, la rive s'élève, de gros nuages nous masquent les montagnes.  Puis elles nous apparaissent enfin User image.

La piste se devine, trace d'herbe plongeant dans l'eau bleue. Un bateau de bois traditionnel arabe, un dhow, nous attend, encore deux heures et nous atteindrons notre destination ! Nos marins sont sympa, nous pique-niquons sur le pont...

Le long du lac la végétation est extrêmement touffue, et on ne voit quère que les vautours palmistes (Gypohierax angolensis) , blanc et noir, perchés le plus souvent...sur un palmier ! Et Greystoke, notre camp, nous apparaît au bord du lac...en fait seul le mess est visible, le reste est caché dans la végétation. Le mess est très fréquenté par les corbeaux à nuque blanche (Corvus albicollis).

Comme il est un peu tard, on pique une tête dans le lac, avant d'aller marcher un peu dans la forêt pour faire connaissance avec la montagne... Il fait très chaud et très humide.

Petite déclinaison dans les insectes . Et mon préféré, le papillon qui joue les petits oiseaux ! (vous avez vu le bec, l'oeil ? ) .

Alors, le lendemain matin, on s'est réveillé tôt, avec du café tanzanien dans la cafetière à piston, et on est parti dans la montagne.
On était 4 ce matin-là, avec un guide. On a commencé à grimper par une petite piste dans la montagne, chargés de nos appareils photo, d'une gourde en métal à bandoulière, et de beaucoup trop de vêtements pour la température et l'humidité ambiantes.
Le chemin montait très vite, redescendait pour nous laisser traverser des torrents, regrimpait abruptement. Comme il n'avait plu qu'un peu pendant la nuit, il n'y avait pas trop de boue, et le sol ne glissait pas trop. Par moments, on entendait fuir un oiseau, on évitait un trou de cochon sauvage, on regardait les fruits de saba florida, une liane commune dans la forêt, jetés à terre par les singes...Le saba florida donne un fruit que les chimpanzés apprécient beaucoup, les restants de fruits jetés permettent de savoir si et quand les chimpanzés sont passés par là .
Nous transportons aussi dans nos poches des masques de chirurgie, pour ne pas souffler nos microbes sur nos amis primates, sensibles à nos germes (et sans doute plus vulnérables que nous).

Au bout d'une heure de marche rapide (les guides ici, des Tongwe à la fois très grands et très sportifs, sont de véritables grimpeurs de fond !!) nous entendons des cris et des craquements, et nous nous trouvons à une vingtaine de mètres de notre premier chimpanzé: il est assis sur une branche et déguste des termites arboricoles. C'est Bonobo, un mâle de 26 ans qui est le deuxième dans la hiérarchie de son groupe. Il paraît que les chimpanzés sont aussi différents les uns des autres que les humains. Au bout de deux jours, nous arriverons nous aussi à en reconnaître certains. Je vous précise que si Bonobo a été baptisé ainsi, ce n'est nullement à cause de ses moeurs, car il a reçu ce nom dès sa naissance, c'est juste un clin d'oeil aux petits cousins érotomanes...
Nous mettons donc nos masques, puisque les cousins sont proches: il est interdit de les approcher à moins de dix mètres, pour ne pas trop les perturber et pour ne pas risquer de les contaminer, mais il est évident que cette interdiction ne vaut que pour nous, et que eux, parfois, peuvent s'approcher beaucoup plus...
A partir du moment où nous les rejoignons, nous avons droit à une heure de présence , montre en main.

Un peu plus loin, nous trouvons Primus, qui depuis quelques temps est inséparable de Bonobo. C'est un mâle de 16 ans. C'est bizarre de penser qu'ils peuvent du jour au lendemain devenir les pires ennemis. Ainsi va la vie chez les chimpanzés.

Primus se régale d'un fruit de Saba florida . Quand c'est mûr ça ressemble un peu au citron paraît-il. Les chimpanzés, contrairement à d'autres singes moins évolués, ne cueillent les fruits qu'à maturité, s'ils en goûtent un et qu'il n'est pas mûr, ils vont ailleurs et reviennent plus tard. Remarquez la jolie dentition de Primus, on conçoit pourquoi il ne faut pas agacer les chimpanzés...Ils sont parfaitement capables de vous tuer en moins de temps qu'il ne faut pour y penser !

Primus se régale d'un fruit de Saba florida . Quand c'est mûr ça ressemble un peu au citron paraît-il. Les chimpanzés, contrairement à d'autres singes moins évolués, ne cueillent les fruits qu'à maturité, s'ils en goûtent un et qu'il n'est pas mûr, ils vont ailleurs et reviennent plus tard. Remarquez la jolie dentition de Primus, on conçoit pourquoi il ne faut pas agacer les chimpanzés...Ils sont parfaitement capables de vous tuer en moins de temps qu'il ne faut pour y penser !

Et dernier cadeau, Bonobo prend la pose pour nous. C'est un plaisir de le voir de près, même si c'est moins pittoresque que dans les branches, et même si les conditions de lumière nous font rester en 800, voire en 1600 ISO.

Nous redescendons, accompagnés par les cris des groupes qui s'appellent entre eux, Je les enregistre sur un petit digital recorder acheté à l'aéroport d'Amsterdam, une bonne idée... Le soleil perce à travers les feuillages, la descente nous paraît facile et rapide, avec la promesse de l'eau fraîche du lac en bas, suivie de l'eau chauffée juste au moment de la douche, au kérosène. (Dans les parcs pas question d'utiliser le bois pour chauffer la nourriture ou l'eau, c'est interdit)

Après un déjeûner végétarien au mess, nous choisissons Bl et moi, d'aller en bateau longer la côte vers le sud. Nous partons donc vers 16 h avec Kabeth, notre guide, et deux marins pour manoeuvrer la grosse barque en bois. La forêt vue du lac est luxuriante, beaucoup de palmiers au bord, puis des albizias, des figuiers,des manguiers, de hauts "chestnut trees" aux troncs lisses et jaunes...

La montagne vue du lac est spectaculaire. Nous longeons la côte, assez près pour bien voir la rive, trop près pour éviter une invasion de tsé-tsé... Malgré ce désagrément (le mot désagrément est un euphémisme, ceux d'entre vous qui connaissent ces bestioles voient ce que je veux dire), nous observons avec plaisir les aigles pêcheurs (pygargues vocifères) vautours palmistes, et un guib harnaché qui déambule tranquillement au milieu des babouins, sur une rare zone herbue tout au bord de l'eau. :

La rive s'incurve et s'aplatit en une sorte de vaste marécage, peuplé d'une espèce de tisserins que nous n'avons jamais vue, les mâles sont noirs, avec les yeux jaunes et un gros bec noir de tisserin, les femelles ressemblent à beaucoup de femelles tisserins, jaunâtres et strictement non identifiables en l'absence de leur compagnon ! Ce sont des tisserins noirs de vieillot, Ploceus nigerrimus.
L'excitation des tsé-tsé est à son comble quand le bateau s'approche du bord, et c'est dans le bruit des claques et l'agitation des chasse-mouches que nous essayons de faire quelques photos ! Dommage car, outre les tisserins, il y a de nombreux alcyons pies (martins-pêcheurs pies).

Les tsé-tsé ont raison de nous, et nous mettons le cap vers le large, quand de nouveaux arrivants viennent nous faire une petite danse à contre-jour . Les marins et notre guide profitent du retour pour pêcher quelques Kuhay, que nous mangerons ce soir en sashimi. Ce sont de beaux poissons avec des teintes jaunes et vertes, très faciles à attraper, mais dont la pêche a toujours été raisonnable pendant notre séjour, les gens du camp, ou les hôtes, en prenant en tout juste le nombre utile pour nourrir notre petite communauté.

Le lendemain matin nous sommes partis du camp vers 8h30, avec notre guide Kabeth. Kabeth est un Tongwe, la tribu locale. Les Tongwe vivaient là avant que le parc n'existe, ils ont été gentiment priés de quitter les lieux quand la région est devenue parc national... Aussi a-t-il été élevé à Arusha, mais il désirait depuis tout petit venir vivre ici. Il a trouvé un travail au lodge, et actuellement il apprend les noms des animaux(y compris les insectes) et des plantes locales. Comme il a déjà une bonne formation de base, il apprend vite. Les scientifiques japonais ont recruté leurs rangers parmi la population locale. Les Tongwe ont toujours très bien cohabité avec les chimpanzés, ils ne les ont jamais chassés, considérant traditionnellement leur présence comme bénéfique. En tout cas ils sont tous d'une extraordinaire efficacité quand il s'agit de localiser les singes.

Nous marchons donc tous les trois, il fait très humide et déjà très chaud, et le ciel nuageux diffuse une lumière blanche. Par terre, des cosses de saba florida, avec des restes de pulpe toute fraîche: nous savons donc que les chimpanzés étaient là il y a moins de deux heures. Effectivement...des cris et des craquements de branches: nous rencontrons d'abord Bonobo et Primus dans les arbres.

A ce moment il va nous arriver une chose extraordinaire, qui ne sera que très peu immortalisée par des photos: j'ai oublié de remettre la batterie dans le petit compact, et un des reflex est brusquement tombé lui aussi en rade. De plus, vu ce qui se passe, pas question de gesticuler: un groupe de quinze chimpanzés, mâle alpha en tête, arrive en face de nous sur le sentier. Kabeth nous prend par les épaules, nous impose le silence d'un regard impérieux, et nous nous serrons tous les trois le plus au bord possible. Les chimpanzés passent tous devant nos genoux, à moins de 50 cm. Seul le chef, Alofu, âgé de 25 ans, nous jette un regard au passage. La première femelle, qui le suit, est en chaleurs comme vous pouvez le comprendre ne regardant une des rares photos faites dans l'urgence: ils disparaissent dans la forêt en quelques secondes, quittant on ne sait pourquoi le sentier après nous avoir dépassés. Ce qui fait, entre parenthèses, que les autres hôtes du camp, partis en groupe séparé, ne les verront pas. 

Pris de dessus, c'est Kalunde, presque chauve, le doyen âgé de 46 ans !

Heureusement, nous avons la chance de retrouver une partie du groupe un peu plus loin. Christmas,un mâle de que vous avez peut-être déjà vu sur la galerie, finit de déguster un fruit de Saba florida. Orion (21 ans) se fait épouiller par Mkombo un mâle âgé.

De retour au camp, comme hier le lac bienfaisant et son eau transparente et fraîche... Sur la plage, des empreintes de babouins .Les empreintes de l'adulte, et celles du bébé plus au centre. Déjeûner au mess, décoré par des portraits des singes célèbres de Mahale User image par le photographe Nick Brandt. Sieste dans la banda avant de partir en bateau vers une crique où on peut, sans difficulté paraît-il, observer les poissons avec un simple masque.

Nous voilà repartis en bateau avec Kabeth et ses deux acolytes... Des oiseaux encore, et des tsé-tsé toujours, nous accompagnent .

Nous accostons dans une crique. Kabeth nous donne deux masques et deux tubas...moi je suis moyennement enthousiaste, je suis du style à aspirer quand il faut souffler mais je vais faire un effort ! Pour l'occasion nous avons acheté un appareil photo jetable étanche, car je n'ai pas très confiance dans le sac sensé pouvoir protéger mon compact...

Voici les oeuvres d'art réalisées ce jour-là (interdit de rire !) . Des petits poissons et un gros

Je vous mets le son, cliquez sur le lien... Je viens de le ré-écouter, c'était vraiment proche du paradis !

Dans le lac Tanganyika, il y a une multitude d'espèces de poissons, en particulier des cichlidés très recherchés des aquariophiles. Il ya aussi des mammifères aquatiques, non, je ne parle pas de ceux que vous venez de voir plus haut mais des gros affreux hippos, à l'air faussement débonnaire. Le jeu consiste à les deviner quand ils sont sous l'eau, pour les voir en jaillir ...

Un dernier passage près du marécage aux tisserins avant de rentrer, histoire de se faire bouffer un peu par des tsé-tsé ravies et surexcitées, et nous rentrons au camp, rencontrant en chemin le couple d'américains qui séjourne avec nous: ils sont allés à la pêche aux moules (sans rire )en plongée, et nous rapportent des moules d'eau douce à déguster en sashimi. Pour ceux que ça intéresse, Iridina spekii

Après une douche et un peu de cortisone contre les effets des mouches , apéritif au bar qui surplombe le lac, il y a des éclairs sur la rive congolaise.

Le lendemain matin, nous nous levons très tôt. Le lac a fait un bruit d'océan cette nuit, les vagues se brisant sur la plage donnent l'illusion d'une marée. De fait, l'eau est plus haute qu'hier, elle a recouvert les traces des singes. Nous apprenons par une thèse en français qui se trouve dans la bibliothèque du mess, que le lac est sujet non à des marées, mais à des "seiches" longitudinales et transversales, qui peuvent faire varier le niveau. Les brusques variations de la pression atmosphérique et les orages, plus que le vent, en sont les causes.

Au petit-déjeûner, on nous informe que les singes se sont beaucoup déplacés dans la nuit, le groupe principal est à deux ou trois heures de marche vers le nord.
Mais finalement ils sont repérés pas très loin du camp des rangers, où on peut accéder par bateau.
Nous voilà repartis sur le lac, le bateau nous débarque bientôt sur une plage de gros sable. Une bergeronnette y fait les cent pas, et le temps menaçant n'empêche pas les employés du camp d'aller pêcher en pirogue.

A peine quinze minutes de marche plus tard, nous rencontrons Primus, assis en plein milieu du sentier .

Ce dernier jour nous a permis d'observer des scènes différentes des jours précédents... Grand singe au milieu des feuillages, dans la rosée tiède du matin...